Commençons ce numéro 16 par un écran qui, disons-le tout de suite, n’a pas débarqué en boutique la semaine dernière. Le Philips Evnia 3000 34M2C3500L est arrivé au milieu de l’année 2024, soit une éternité à l’échelle du marché des moniteurs. Alors pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’il n’a jamais quitté les rayons et surtout parce que son prix a fondu au point de devenir un argument à lui tout seul : on le trouve aujourd’hui à partir de 190 € et rarement au-delà de 250 €. Pour cette somme, vous repartez avec un 34 pouces incurvé en 3440 x 1440, avec une dalle Fast VA rafraîchie à 180 Hz. C’est-à-dire le format et la définition qui, il y a une dizaine d’années, coûtaient 800 € et qu’on regardait avec des yeux de merlan frit dans les allées de l’IFA. Nous avions d’ailleurs testé son grand frère, l’Evnia 5000 34M2C5501A, dans Uber Hardware #6 : même diagonale, même définition, même 180 Hz, mais 365 € à l’époque et un équipement nettement plus riche. La question de ce test tient donc en une phrase : qu’est-ce qu’on perd exactement en payant moitié moins cher ?
Sobre au point d’en être invisible

Premier contact tout à fait apaisant. Là où la moindre référence estampillée gaming se croit obligée d’exhiber des arêtes agressives et trois zones RGB, l’Evnia 3000 se contente d’un plastique anthracite texturé, de bordures fines sur trois côtés et d’une petite mentonnière en bas. Aucune LED nulle part, ni devant ni derrière. C’est un choix que nous applaudissons volontiers, d’autant que cette sobriété lui permet de passer pour un écran bureautique un peu large dans un open space, ce qui n’est pas le cas de tous ses concurrents. Le montage se fait sans outil : la colonne se clipse sur la dalle, la base vient se visser dessous avec une molette intégrée, l’affaire est pliée en deux minutes montre en main. L’alimentation est interne, ce qui évite de caser une brique de plus sous le bureau, et Philips livre dans le carton un câble HDMI, un câble DisplayPort et le cordon secteur. Autre point sympathique et suffisamment rare pour être signalé sur un produit de ce tarif : la marque glisse dans la boîte une fiche de calibration propre à votre exemplaire, avec les valeurs de SmartUniformity et de deltaE relevées en usine. On y reviendra. Signalons enfin l’effort environnemental, avec un châssis composé à 85 % de plastique recyclé après consommation et des pieds à 35 %. Ça ne se voit pas, ça ne se sent pas au toucher, et c’est très bien comme ça. L’ensemble ne pèse que 6,5 kg sans le pied, ce qui reste raisonnable pour 80,8 cm de large.

Un pied qui ne sait faire qu’une seule chose
Et voilà le premier vrai sacrifice, celui qui saute aux yeux dès qu’on pose la bête sur le bureau : le pied ne fait que s’incliner, de -5 à +20°. Pas de réglage en hauteur, pas de rotation, pas de pivot (ce dernier n’aurait de toute façon aucun intérêt sur un 21:9 incurvé). C’est d’autant plus gênant sur un écran de cette taille que la hauteur totale est figée à 46,4 cm, ce qui place le haut de la dalle assez bas pour les grands gabarits et un poil haut pour ceux qui aiment travailler très bas. Sur l’Evnia 5000, on disposait de 130 mm de débattement vertical et d’une rotation de -30 à +30°, autant dire qu’on n’est pas dans la même ligue ergonomique. La bonne nouvelle, c’est que la fixation VESA 100 x 100 mm est bien présente : pour une trentaine d’euros de plus, un bras de bureau règle définitivement la question et libère au passage les 25 cm de profondeur qu’occupe la base. À ce niveau de prix, on ne peut pas vraiment crier au scandale — un pied entièrement réglable coûte cher à fabriquer et c’est toujours la première chose qu’on rogne — mais il faut le savoir avant de commander. Petite consolation, la base intègre un passe-câbles pour regrouper les fils, ce qui évite le plat de spaghettis derrière le bureau.
Trois entrées vidéo, mais une seule qui compte vraiment

La connectique se résume à deux HDMI 2.0 et un DisplayPort 1.4. Et c’est bien le DP qu’il faut brancher, car les prises HDMI sont plafonnées à 100 Hz. Ce n’est pas une brimade arbitraire de Philips mais une simple histoire de tuyau : le HDMI 2.0 transporte 18 Gb/s, or afficher du 3440 x 1440 en 8 bits à 180 Hz réclame nettement plus. Il faudrait du HDMI 2.1, absent ici, ou de la compression DSC, absente également. En pratique, sur un PC, ça ne change rien : vous branchez le DisplayPort et vous profitez des 180 Hz. En revanche, si vous espériez y brancher une console, deux mauvaises nouvelles vous attendent. D’abord la PS5 ne gère toujours pas nativement le 21:9 et vous affichera donc du 16:9 avec deux grosses bandes noires sur les côtés. Ensuite la Xbox Series X, elle, sait sortir du 3440 x 1440 sur certains titres, mais elle sera ici limitée à 100 Hz. Ce n’est décidément pas un écran pour les joueurs consoles. Le reste de la connectique est vite fait puisqu’il n’y en a pas : aucun port USB, aucun HUB, pas le moindre Type-C, pas de haut-parleurs non plus. Seule une sortie audio jack 3,5 mm permet de récupérer le son transporté par le DP ou le HDMI pour le renvoyer vers un casque ou des enceintes. C’est le deuxième sacrifice de la fiche technique, et sans doute le plus embêtant au quotidien pour ceux qui comptaient brancher un clavier et une souris à l’arrière de leur moniteur. À noter tout de même le HDCP 2.2 sur les trois entrées, ce qui vous évitera les mauvaises surprises avec les plateformes de streaming, et un emplacement pour antivol Kensington.
Evnia 3000 ou Evnia 5000 : qu’est-ce qu’on perd exactement ?
Les deux écrans partagent l’essentiel : 34 pouces, 3440 x 1440, dalle Fast VA incurvée en 1500R, 180 Hz en DisplayPort et 100 Hz en HDMI, 4000:1 de contraste annoncé et 300 cd/m² de luminosité. Autrement dit, la partie qui compte le plus, la dalle, est à toutes fins pratiques la même. Ce que le 34M2C5501A apporte en plus pour son surcoût, c’est d’abord l’Ambiglow, l’éclairage dynamique projeté au mur sur trois côtés, compatible avec l’éclairage dynamique de Windows 11 ; ensuite un pied entièrement réglable en hauteur (130 mm) et en rotation ; puis trois ports USB-A ; deux haut-parleurs de 5 W ; et enfin une certification VESA DisplayHDR 400 là où le 3000 se contente d’une prise en charge du HDR10 sans label. Rien de tout cela ne touche à la qualité d’image en SDR, ce qui explique qu’on puisse conseiller le petit sans avoir l’impression de brader le lecteur. Sachez enfin qu’il existe un 32M2C3500L, la déclinaison 31,5 pouces en 16:9 du même écran, pour ceux que le format ultra-large rebute.
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