Une part non négligeable du monde geek n’a jamais aimé la propriété intellectuelle, les boîtes noires propriétaires, et les services cloud qui nous tracent. Enfin celles qui nous emprisonnent injustement. Cette édition explore les rebelles qui refusent simplement d’accepter les limites : des makers qui construisent leurs propres robots plutôt que de jailbreaker du matériel fermé, des hackers qui ressuscitent les jeux annihilés par les studios, des développeurs qui simplifient la création là où l’industrie la verrouille, et des archivistes numériques qui décident que le patrimoine vidéoludique ne disparaîtra pas sans combat. De l’aspirateur autonome que vous assemblez vous-même au gant gestuel programmable, en passant par RetroGameForge qui démocratise la création de jeux 8-bit sans assembleur et OmniDrive qui transforme votre vieux lecteur Blu-ray en arme de préservation, ces projets partagent une philosophie commune : l’autonomie contre le contrôle, la transparence contre l’obscurité, la créativité contre l’enfermement. Mais c’est aussi l’hommage à Yu Suzuki et la saga Shenmue, l’exploration graphique d’un post-apo culinaire, et le Go profond pour les techno barbus qui veulent comprendre comment les machines pensent réellement. Bienvenue en zone geek libre.
Un aspirateur autonome dont tu es le maker

Après des années à voir nos robots-aspirateurs nous tracer sans consentement dans nos maisons — et nous signaler à des serveurs cloud lointains — voilà qu’arrive Oomwoo : un aspirateur robot à monter soi-même qui offre non pas une approche révolutionnaire mais une approche éducative et responsable. Au lieu de jailbreaker du hardware fermé, on construit d’emblée une machine libre. C’est Ilia O. de Maker’s Pet qui porte ce projet ambitieux au grand jour : pas de secret, pas de révélation à la conférence techno, juste le code, les plans 3D et les discussions en temps réel sur GitHub. Et vous pouvez même contribuer au projet !
Techniquement, oomwoo repose sur du matériel standard que n’importe quel maker peut sourcer :
- un Raspberry Pi 4 ou 5 comme cerveau principal (4 Go de RAM minimum pour le mapping LiDAR),
- un LiDAR 2D — le vrai gamechanger : il y a quelques années, ça coûtait une blinde. Aujourd’hui ? Comptez une petite trentaine d’euros (même ceux qui équipent les Roborock), c’est complètement fou et on ne va pas s’en plaindre !
- des moteurs standards sourcés sur AliExpress ou votre magasin d’électronique préféré.
- un châssis imprimé en 3D — zéro usine, juste une imprimante 3D, la fab lab associatif du coin (pourquoi pas vous lancer dans l’achat d’une imprimante) ou un service d’impression en ligne si vous êtes planqué à la montagne.
- un micro-contrôleur pour gérer tous les capteurs et moteurs.
Le tout tourne sous ROS 2 (Robot Operating System, une trousse d’outils et de librairies) avec Nav2 pour la navigation autonome, ce qui signifie que vous touchez à de la vrai robotique d’entreprise, pas du jouet. Et vous pouvez tout tester en simulation dans Gazebo avant de vous attaquer à l’assemblage.
Côté facture, les composants matériels coûtent pour l’instant dans les 200-250 € (le projet continue d’évoluer et de s’améliorer) auxquels vous devrez ajouter un Raspberry Pi, et le coût de l’impression 3D pour un aspirateur doté de la cartographie LiDAR et de la navigation autonome à rendre jaloux MacGyver. Parce que bon, une réparabilité maximale, zéro cloud et zéro espionnage, le plaisir de débuter et d’apprendre la robotique, de mettre les mains dans le moteur, de tripatouiller les capteurs, et de partager, c’est quand même une dinguerie. Il faut néanmoins avoir quelques compétences basiques car vous ne pourrez pas assembler oomwoo comme un meuble IKEA. Imprimer en 3D, souder quelques fils, installer ROS 2, ce n’est peut-être pas à la portée de n’importe qui en apparence, mais en pratique, une bonne dose de volonté et de rigueur suffisent pour franchir le pas. D’autant plus que pour l’instant, l’aspirateur se concentre d’abord sur la partie cartographie et navigation autonome. Il faudra donc patienter avant de jouer à l’apprenti sorcier pour générer de puissantes tornades qui avaleront tout sur leurs passages, y compris la poussière… et le chat.
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