24/03/2025

Numéro 5

Les processeurs en slot
Intel essaye de se débarrasser d’AMD

À la fin des années 90, le Pentium II surprend par bien des aspects, à commencer par son format atypique sous une forme de cartouche. Entre contraintes techniques et volonté de se débarrasser de la concurrence, retour sur le slot 1.

Par : Thomas Olivaux

Un processeur de PC s’installe dans un socket, c’est bien connu. Un socket de type LGA (Land Grid Array, les pins sont sur le socket) ou, autrefois, un socket PGA (Pin Grid Array, les pins sont sous le processeur). Voilà qui est vrai pour toutes les puces depuis le milieu des années 80 quand les 80286 ont abandonné les vieux supports CLCC et PLCC pour adopter le PGA68 (oui oui, 68 pins seulement !). Toutes ? Non. À la fin des années 90, Intel suivi par AMD ont proposé des CPU sous la forme d’une cartouche pendant un peu plus de trois ans.

La courte histoire du slot 1

De gauche à droite, un Pentium II Klamath (SECC-1), un Pentium II Deschutes (SECC-2), un Pentium III Katmai (SECC-2) et un Pentium III Coppermine (SECC-2).

Tout commence quand Intel sort le Pentium II au printemps 1997. Le remplaçant du Pentium premier du nom, sorti en 1993, surprend avec son format cartouche inaugurant le slot 1. Les nouveaux processeurs sont bien plus gros que leurs aînés, physiquement parlant, et s’installent sur de nouvelles cartes mères en étant insérés à la façon d’une carte fille dans un slot ISA ou PCI. Ou PCI-Express de nos jours, ça reste le même geste. Il y a 242 contacts dans ce port, c’est moins que les 321 du socket 7 des processeurs de génération précédente ! Une encoche sur le connecteur évite qu’on se trompe de sens. Les deux ergots que vous voyez en haut de la cartouche de part et d’autre sont là pour verrouiller le CPU en place, les cartes mères slots 1 disposant de deux petites glissières en plastique placées aux extrémités du slot. Le format original, les Pentium II en grosse cartouche épaisse, est baptisé SECC-1. En 1998, les Pentium II évoluent et passent au format SECC-2 qui abandonne la grosse base en métal du côté du die et se contentent d’une demi-coque en plastique du côté opposé. En 1998 également, Intel introduit la famille de processeurs d’entrée de gamme Celeron. Ils sont eux aussi en slot 1, mais cette fois complètement nus. C’est-à-dire que le processeur est proposé sous la forme d’un petit PCB où les composants sont apparents, sans protection. Pour les plus jeunes, avant de devenir une marque reléguée au second plan et synonyme de CPU bas de gamme, les Pentium étaient les processeurs phares d’Intel. Un Pentium II est ce qu’un Core Ultra est aujourd’hui. Un peu plus tard, en 1999, Intel sort le Pentium III, lui aussi en slot 1 SECC-2, vous pouvez en voir un sur nos photos. Mais rapidement, Intel abandonne le slot 1 et retourne au socket avec le PGA370, sorti dès 1998 avec certaines déclinaisons du Celeron et qui accueille de nombreux Pentium III par la suite.

Un rare Pentium II Xeon en slot 2.

N’oublions pas les slot 2 et A !

En 1998, Intel introduit le slot 2 qui ressemble fortement à son aîné. Ce dernier ne concerne pas les particuliers, il est conçu pour les stations de travail et les serveurs suite à la sortie des Pentium II Xeon, remplacés en 1999 par les Pentium III Xeon. Ces CPU sont aisément identifiables par leur format bien plus haut que ceux en slot 1. Il existe un troisième et dernier slot, de la même époque, c’est le slot A. A pour AMD, déjà concurrent d’Intel depuis bien longtemps ! En 1999, le fondeur (AMD ne s’était pas encore séparé de son activité de production à l’époque) sort l’Athlon premier du nom, dont le premier modèle cadencé à 500 MHz est le concurrent direct du Pentium III de même fréquence. Le slot A n’aura vraiment pas fait long feu, encore moins que le slot 1 d’Intel, car AMD passe au socket A dès l’an 2000.

Des raisons techniques…

Mais pourquoi donc Intel a-t-il abandonné le socket pour le slot en 1997 ? Dès le début, les spécialistes comme les passionnés ont été dubitatifs. Il y a deux raisons principales à ça. La première d’ordre technique. La mémoire cache des processeurs était encore un concept relativement récent, apparu avec les premiers Pentium, sachant que sur ces derniers le cache était sous la forme d’une petite barrette de mémoire de 256 ko ou 512 ko à ajouter, c’était parfaitement optionnel, sur un port spécial de la carte mère. Le Pentium Pro de 1995, ancêtre du Xeon, est le premier CPU d’Intel a embarquer de la mémoire cache en son sein, 256 ou 512 ko selon les modèles (il y a même eu quelques Pentium Pro 200 avec 1 Mo sur la fin). La mémoire cache étant nécessaire à l’exploitation de la puissance accrue des Pentium II, Intel décide d’équiper son nouveau processeur de 512 ko. Une mémoire cache qui tourne alors à la même fréquence que le CPU, les premiers Pentium II commercialisés étant à 233, 266, 300 et 333 MHz. Pour rappel, les Pentium les plus rapides sont alors à 200 MHz. Fabriquer de la mémoire cache à 300 MHz et plus est alors très difficile et de nombreuses puces produites échouent les tests en sortie de chaîne. Plutôt que jeter d’énormes die de Pentium II en raison d’un cache instable, Intel décide de produire des dies de Pentium II sans cache et de déporter le cache juste à côté, sous la forme de deux puces de 256 ko, sur une petite carte qui forme la cartouche slot 1. Accessoirement, le slot apparaît comme plus solide, il n’y a plus le risque de tordre des pins. L’histoire prouvera cependant que le slot a introduit son lot de problèmes, notamment des faux contacts et des plantages en cas de choc sur un CPU mal fixé.

… autant que commerciales

Des adaptateurs permettent d’exploiter les processeurs socket 370 sur les cartes mères slot 1.

Éradiquer la concurrence est la seconde raison majeure du choix opéré par Intel. En effet, le socket 7 n’était pas sa propriété et d’autres constructeurs vendaient alors des CPU compatibles. Tout le monde connaît AMD, qui vendait alors des K5 et plus tard des K6 sur ce socket, mais n’oublions pas non plus les puces de Cyrix et certains processeurs VIA. Le slot 1 est un port propriétaire, comme tous les formats de CPU qui ont suivi d’ailleurs. Et ça a partiellement marché, car si AMD est toujours là, les autres fabricants de processeurs pour PC de l’époque ont fini par disparaître. N’oublions pas qu’a l’époque Intel était le leader incontesté et qu’il dépensait bien plus en R&D que ses concurrents qui profitaient alors de tout l’écosystème mis en place, d’abord par IBM dans les années 80, puis plus largement par Intel dans les années 90. Aujourd’hui les processeurs en slot ne sont plus que des reliques comme celles que votre serviteur a retrouvées au fond de vieux cartons, aucun projet de cette nature ne pourrait voir le jour aujourd’hui. Les CPU en socket étant eux même en sursis, ils sont concurrencés par les puces soudées depuis bien des années et l’avènement des PC portables en masse.

Au sommaire du dernier numéro

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