Micron a tué Crucial, mais ses SSD sont encore en rayon. Le E100 est un PCIe 4.0 d’entrée de gamme sans esbroufe, qui tient ses débits annoncés pour moins de 160 € le téraoctet. Reste une question : ses 80 TBW d’endurance sont-ils vraiment un problème pour vous ?
Il y a quelque chose d’un peu triste à tester ce SSD. Le E100 est un produit parfaitement ordinaire, un M.2 d’entrée de gamme comme il en sort dix par an, sauf qu’il a le mauvais goût d’être arrivé juste avant la fermeture du magasin. Notre exemplaire, un 1 To, a été acheté neuf fin novembre 2025 pour assembler le PC que notre neveu allait trouver au pied du sapin, ce qui nous a laissé quelques jours pour le passer sur notre banc avant de le visser dans sa machine. Et puis le 4 décembre 2025, Micron a annoncé la fin pure et simple de Crucial, sa marque grand public, avec un arrêt des expéditions effectif depuis la fin février 2026. Plus de barrettes, plus de SSD, plus rien : le fondeur américain préfère réorienter sa production de mémoire vers l’IA et les centres de données, où les marges n’ont tout simplement rien à voir. Autant vous dire que nos relevés sont restés un moment au fond d’un tiroir, et que nous avons sérieusement hésité à publier ce test. À quoi bon décortiquer un produit condamné ? Deux choses nous ont fait changer d’avis. D’abord, le E100 est toujours disponible absolument partout, en quantité, et à des tarifs qui n’ont rien d’aberrant : ce que vous voyez en rayon, ce sont des stocks résiduels, mais ils vont durer. Ensuite, dans un marché du stockage devenu fou, tout ce qui affiche moins de 160 € en 1 To mérite qu’on s’y arrête cinq minutes. Alors on fera court, mais on le fera. Pour le contexte général de la flambée des prix, filez lire notre guide d’achat SSD en début de numéro, et pour le haut du panier, notre test du Samsung 990 EVO Plus quelques pages plus loin.
Silicon Motion aux commandes, QLC sans DRAM
Sous l’étiquette se trouvent un contrôleur Silicon Motion et deux puces de NAND QLC Micron.
Crucial n’a jamais fait grand bruit autour du E100, au point que nos confrères allemands de ComputerBase l’avaient surnommé le SSD « secret ». Il faut dire que la fiche technique officielle est d’une avarice remarquable : trois capacités (480 Go, 1 To, 2 To), deux chiffres de débit séquentiel, et basta. Pas d’IOPS, pas de référence de contrôleur, pas même une mention claire du type de mémoire. Il a fallu attendre les premiers démontages pour savoir à quoi on avait affaire, et le verdict est sans surprise : un Silicon Motion SM2268XT2 aux commandes, un contrôleur quatre canaux gravé pour la sobriété, compatible PCIe 4.0 x4 et dépourvu de DRAM embarquée. Comme sur le Samsung testé dans ce même numéro, la table de correspondance des adresses est donc logée dans la mémoire vive du PC via le mécanisme HMB. La mémoire flash, elle, est de la QLC maison Micron, c’est-à-dire quatre bits par cellule au lieu de trois. Notez que le constructeur se réserve explicitement le droit de livrer de la TLC ou de la QLC selon les arrivages, une pratique que nous détestons puisque deux exemplaires du même produit peuvent ne pas se comporter de la même façon. La bonne nouvelle, c’est que la loterie ne peut tourner qu’en votre faveur : si vous tombez sur un exemplaire en TLC, vous héritez d’une mémoire plus rapide en écriture soutenue et nettement plus endurante, pour le même prix et sans que rien ne le signale sur la boîte. Physiquement, rien à signaler : un M.2 2280 simple face de 2,3 mm d’épaisseur et 6 g, sans dissipateur, qui rentrera dans n’importe quel portable ou mini-PC. Un mot pour les joueurs, enfin : Crucial ne certifie pas ce SSD pour la PlayStation 5, ce qui ne signifie pas qu’il ne fonctionne pas. La console réclame un M.2 NVMe PCIe 4.0 coiffé d’un dissipateur, deux cases que le E100 coche moyennant l’achat d’un radiateur à quelques euros, mais Sony recommande au moins 5 500 Mo/s en lecture quand notre Crucial plafonne à 5 000. Il s’installera donc et il jouera, avec des temps de chargement à peine allongés, simplement sans la bénédiction officielle du constructeur.
Des débits conformes, et c’est déjà bien
Direction notre banc de test dédié au stockage, le Core Ultra 7 270K Plus sur Gigabyte Z890 AI Top et ses 32 Go de DDR5 Lexar, le E100 étant monté vierge en secondaire sous le dissipateur du port M.2 principal. Sous CrystalDiskMark, on relève 5 070 Mo/s en lecture séquentielle et 4 486 Mo/s en écriture, soit très exactement les 5 000 et 4 500 Mo/s annoncés. Voilà au moins une chose de réglée : Crucial n’a pas menti, ce qui n’est pas toujours le cas dans cette gamme de prix. ATTO confirme, avec un plateau de 4,7 Go/s en lecture et 4,19 Go/s en écriture, atteint respectivement dès les blocs de 512 Ko et de 1 Mo. C’est un poil tardif, les meilleurs décollent dès 128 Ko, mais rien de rédhibitoire. AS SSD complète le tableau avec 4 333 Mo/s en lecture séquentielle, un score global de 7 732 points et un temps d’accès en lecture de 0,016 ms tout à fait remarquable. Là où le bât blesse, c’est en accès aléatoire à faible profondeur de file, exactement le profil du démarrage de Windows et du lancement d’applications. On mesure 73 Mo/s en lecture 4K Q1T1, contre 88 Mo/s pour le Samsung 990 EVO Plus dans les mêmes conditions et souvent plus de 95 Mo/s sur un SSD à DRAM. Soit 17 % d’écart avec le Samsung, ce qui a l’air méchant sur un tableau mais qu’il faut savoir traduire : sur un démarrage de Windows, on parle de deux ou trois dixièmes de seconde, et sur le lancement d’un jeu, de rigoureusement rien du tout puisque le goulot d’étranglement est ailleurs, dans le processeur et la décompression des assets. Nous n’avons pas eu les deux SSD sous la main au même moment pour un duel chronomètre en main, mais au vu des courbes, nous serions bien incapables de dire lequel équipe une machine sans regarder la fiche. Le E100 est un SSD d’entrée de gamme et il n’y a aucune raison de prétendre le contraire, mais soyons clairs : en usage courant, même sur une configuration par ailleurs très performante, il ne bride absolument rien.
À retenir
– Contrôleur Silicon Motion SM2268XT2, quatre canaux, sans DRAM (cache HMB)
– Mémoire QLC Micron, sauf coup de chance : le constructeur peut aussi livrer de la TLC
– 5 070 / 4 486 Mo/s mesurés, soit pile les débits annoncés
– Aléatoire QD1 en retrait sur le papier, mais invisible en usage réel
– Endurance de 80 TBW seulement, et trois ans de garantie
– Marque Crucial arrêtée par Micron, expéditions stoppées depuis février 2026
– Environ 160 € le 1 To, avec 60 € d’écart entre les enseignes
– Fonctionne sur PlayStation 5 mais sans certification officielle
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