
Il y a des cartes graphiques qu’on oublie six mois après leur sortie, et il y en a une poignée dont on se souvient encore dix ans plus tard. La GeForce GTX 1080 fait clairement partie de la seconde catégorie. Annoncée dans la nuit du 6 au 7 mai 2016 depuis Austin, disponible dès le 27 mai, elle a marqué les esprits par un bond en avant qu’on n’a plus jamais revu depuis : elle écrasait la GTX 980 Ti, pourtant le fleuron de la génération précédente, tout en consommant moins et en coûtant moins cher. Autant vous le dire tout de suite, votre serviteur n’est pas totalement objectif sur le sujet : l’EVGA GTX 1080 Superclocked ressortie du placard pour l’occasion est l’une des deux que j’ai achetées day one, à l’époque, pour monter un SLI de folie. Le dernier de ma vie, d’ailleurs, puisque le multi-GPU est mort peu après, et sans doute l’un des derniers de l’histoire du PC tout court. Dix ans plus tard, cette carte traîne encore dans un nombre considérable de configurations, portée par une réputation de fiabilité et par des propriétaires qui n’ont jamais trouvé de raison suffisante de casser leur tirelire. Alors on s’est posé la question franchement : qu’est-ce qu’une GTX 1080 vaut réellement en 2026 ? Et surtout, qu’est-ce que son propriétaire gagnerait à passer à une carte moderne, y compris une carte d’entrée de gamme comme la RTX 5060 dont nous avions déjà publié le test complet dans notre dossier consacré aux cartes graphiques à moins de 400 € ? Pour répondre, nous avons réuni quatre GeForce couvrant dix ans d’histoire : notre EVGA GTX 1080 Superclocked de 2016, une Gigabyte RTX 5060 Gaming OC 8 Go, une Zotac RTX 4080 Super Trinity Black et une Gigabyte RTX 5080 Gaming OC. La première contre la dernière, c’est le grand écart. La première contre la RTX 5060, c’est la vraie question que se pose le lecteur qui a autre chose à faire de 1 400 €. Et comme vous le verrez, la réponse ne tient pas qu’aux images par seconde, loin de là.
Dix ans de GeForce, quatre générations
| Modèle | GTX 1080 | RTX 5060 | RTX 4080 Super | RTX 5080 |
| Architecture | Pascal | Blackwell | Ada Lovelace | Blackwell |
| GPU | GP104 | GB206 | AD103 | GB203 |
| Gravure | 16 nm TSMC | 4 nm TSMC | 5 nm TSMC | 4 nm TSMC |
| Cœurs CUDA | 2 560 | 3 840 | 10 240 | 10 752 |
| Cœurs RT / Tensor | aucun | 30 / 120 | 80 / 320 | 84 / 336 |
| Mémoire | 8 Go GDDR5X | 8 Go GDDR7 | 16 Go GDDR6X | 16 Go GDDR7 |
| Bus / bande passante | 256 bits / 320 Go/s | 128 bits / 448 Go/s | 256 bits / 736 Go/s | 256 bits / 960 Go/s |
| Interface | PCIe 3.0 x16 | PCIe 5.0 x8 | PCIe 4.0 x16 | PCIe 5.0 x16 |
| TDP | 180 W | 145 W | 320 W | 360 W |
| Sortie | mai 2016 | mai 2025 | janvier 2024 | janvier 2025 |
| Tarif au lancement | 599 $ / environ 789 € en Founders | 299 $ | 1 109 € | 1 179 € |
Mai 2016 : Pascal balaie tout

Pour comprendre pourquoi cette carte a laissé une telle trace, il faut se rappeler le contexte. Nvidia venait de passer deux générations coincé sur la gravure 28 nm de TSMC, et le passage au 16 nm FinFET a libéré d’un coup une marge de manœuvre énorme. Le GPU GP104 de la GTX 1080 n’est pas une grosse puce, avec ses 7,2 milliards de transistors et ses 2 560 cœurs CUDA, mais il grimpait à des fréquences alors inédites : 1 607 MHz de base, 1 733 MHz en boost officiel, et en pratique bien au-delà de 1 800 MHz sur les modèles d’usine comme notre EVGA Superclocked. Nvidia lui a associé de la GDDR5X à 10 Gb/s, une mémoire alors toute neuve, pour 320 Go/s de bande passante sur un bus de 256 bits. Le résultat était sans appel : environ 25 % de mieux qu’une GTX 980 Ti, pour 180 W au lieu de 250 W, et l’assurance de jouer en 1440p à 60 images par seconde dans absolument tout ce qui existait à l’époque. Nvidia avait même osé la comparer à un SLI de GTX 970, ce qui, pour une fois, n’était pas complètement mensonger. Vendue 599 dollars, soit environ 789 € pour la Founders Edition et un peu moins pour les cartes partenaires, elle paraissait chère à l’époque. Avec le recul et au vu des tarifs actuels du haut de gamme, elle ressemble surtout à une bonne affaire historique.

Et la GTX 1080 Ti ?
La question va tomber, alors autant y répondre tout de suite : oui, il existe une GTX 1080 Ti, et non, nous n’en avons plus à la rédaction. Elle est arrivée près d’un an plus tard, en mars 2017, avec un GPU différent (le GP102, plus gros), 3 584 cœurs CUDA, 11 Go de GDDR5X sur un bus de 352 bits et 250 W de TDP. Elle est environ 30 % plus rapide que la GTX 1080, mais surtout, elle a bien mieux vieilli grâce à ces 11 Go de mémoire vidéo qui lui évitent le mur que nous allons décrire plus loin. Nos confrères allemands de PC Games Hardware ont d’ailleurs retesté l’ensemble de la famille GP102 début 2026 et leurs relevés confirment qu’elle tient encore le 1080p, là où la GTX 1080 commence à décrocher. Si vous en possédez une, considérez que tout ce que nous écrivons ici s’applique à vous, mais avec un peu plus de marge et sans les problèmes de saturation mémoire.
Notre protocole, et pourquoi une seule plateforme
Toutes nos mesures ont été réalisées sur une plateforme unique et volontairement surdimensionnée : Ryzen 7 9800X3D, carte mère Asus ROG Strix X870E-E Gaming WiFi, 32 Go de DDR5-6400 CL32, SSD Lexar NM1090 et Windows 11 25H2. L’objectif est de laisser le GPU s’exprimer seul, sans que le processeur ne vienne masquer les écarts. Attention toutefois : dans la vraie vie, le propriétaire d’une GTX 1080 tourne rarement sur un 9800X3D. Avec un processeur de l’époque, ses résultats seront inférieurs aux nôtres, parfois nettement dans les jeux gourmands en CPU. Nos chiffres constituent donc le meilleur cas possible pour la vieille Pascal, ce qui rend le verdict d’autant plus parlant. Autre détail qui en dit long sur le sujet du jour : nous n’avons même pas pu utiliser le même pilote pour les quatre cartes. La GTX 1080 tourne avec le GeForce 582.28, un pilote de sécurité, quand les trois autres profitent de la dernière branche Game Ready en date. Nous y reviendrons.
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