LaCie, sous le giron de Seagate depuis 2012, propose depuis toujours des solutions de stockage externe haut de gamme qui s’adressent avant tout aux pros et, par extension, aux passionnés de beau matos. La marque a sorti deux SSD externes renforcés cette année, le Rugged SSD Pro5 en Thunderbolt 5 il y a quelques mois, et le Rugged SSD5 en USB4 annoncé mi-septembre. Voici l’essai du premier, un des très rares SSD TB5 du marché et le premier testé par la rédaction. Peut-être bien le premier test magazine réalisé sur PC en français, car tous ceux qu’on a trouvés sur le net ont été réalisés sur Mac. La promesse : 6,7 Go/s tout en étant auto-alimenté par le port USB-C. Miam. Il sort en 2 To et 4 To (le modèle de notre test). Et on ne va pas parler du prix pour l’instant, il serait dommage de gâcher l’ambiance.
Rugged, mais à quel point ?

Le Rugged SSD Pro5 a comme un air de déjà vu et pour cause, il reprend le même boîtier dessiné par le designer britannique Neil Poulton que le Rugged SSD Pro original (le modèle TB3 sorti en 2020) et que le Rugged SSD (USB 3 .2 Gen2). Sauf que cette fois, l’enveloppe de protection en silicone est teintée de bleu et non plus de noir ou orange. Bien que les dimensions restent identiques, LaCie annonce 150 g pour le nouveau venu contre 100 g pour les deux autres. En réalité, l’écart est moindre, car le Pro5 pèse 150 g câble inclus, mais seulement 134 g sans selon notre balance. Mais ça fait quand même 34 g et donc 34 % de plus. Pourquoi ? LaCie a dû retravailler la robustesse et en particulier l’étanchéité du Pro5 car il est désormais certifié IP68 alors que les deux autres sont IP67. À vrai dire ça ne change pas des masses. L’indice de résistance aux poussières est le même (6 = totalement protégé contre la poussière) et le passage du 7 au 8 concernant la protection contre l’élément liquide ne change pas des masses. 7 = résiste à l’immersion totale, jusqu’à 1 m de profondeur, jusqu’à 30 minutes. 8 = résiste à plus de 1m (selon les spécifications du constructeur) pour une période pouvant atteindre 30 minutes également.

Et dans le cas du Rugged SSD Pro5, la profondeur annoncée est de 1,5 m. Et, au cas où vous vous poseriez la question, on parle d’une résistance à l’eau… à condition qu’il soit débranché ! Il n’est pas fait pour fonctionner en étant immergé. Rugged, pour les non anglophones, ça veut dire renforcé. Au-delà de sa certification IP68, il est aussi conçu pour résister à une chute de 3 m de haut ou encore à l’écrasement par un véhicule de 2 tonnes ; chiffre impressionnant mais qui traduit en réalité 500 kg par roue environ et c’est déjà pas mal.
NTFS à la rescousse
Ce SSD est costaud, mais pas que. Il est aussi ultrarapide. Et quand on dit ultrarapide, ce n’est pas 2 Go/s comme font tous les SSD externes USB 3.2 Gen2x2 depuis 5 ans. Ni même quasiment le double en USB4. Non, là c’est carrément 6,7 Go/s en lecture et 5,3 Go/s en écriture que communique LaCie sur la fiche technique ; rappelons que ces valeurs monstres évoquent toujours des débits en séquentiel, c’est-à-dire la lecture ou l’écriture d’un seul très gros fichier à la fois. Ce sont des valeurs qui sont dignes d’un SSD interne de milieu de gamme en PCIe 4.0, c’est inédit en portatif. L’expérience montre que les débits annoncés par les constructeurs se vérifient généralement dans les logiciels de benchmark, tels que CrystalDiskMark. Toutefois, lors des essais, on a relevé un peu plus de 6000 Mo/s en lecture et 5000 Mo/s en écriture. C’est très bon, même excellent puisqu’on n’avait jamais expérimenté autant sur un SSD externe, mais on est quand même loin du compte. Ces tests ont été menés sur le PC portable MSI Titan 18 HX AI testé dans ce même numéro. Dans le doute, on a remonté à la hâte une autre plateforme de test en utilisant la carte mère Gigabyte Z890 AI Top (testée dans UH #2), elle aussi munie de deux ports Thunderbolt 5, pour finalement se trouver confrontés aux mêmes résultats. Et dans les autres logiciels de tests, tels qu’AS SSD ou ATTO, c’est encore moins bon. Quant à copier des gros fichiers à la main, via l’explorateur de Windows, on relève 2,1 Go/s en lecture et 1,14 Go/s en écriture. Mais pas besoin de crier au scandale, ce sont quand même des valeurs super élevées qui permettent de sauvegarder et travailler confortablement. Petite précision, le SSD est formaté d’usine en ex-FAT afin de garantir une compatibilité totale avec les PC et les Mac. Et si on le reformatait en NTFS ?
Presque aussi rapide qu’un SSD interne

Avec le format de fichier NTFS, on progresse. Légèrement. On gagne grosso modo 50 Mo/s en lecture et en écriture dans les logiciels de mesure et en copiant notre habituelle archive de test de 50 Go depuis (lecture) et vers (écriture) ce SSD, on atteint 2,25 Go/s (+150 Mo/s) et 1,44 Go/s (+300 Mo/s). Une autre astuce consiste à activer le cache en écriture de Windows (dans le gestionnaire de périphériques). C’est plus risqué, mais on grimpe alors à 2,5 Go/s en écriture sur la même ISO ! C’est mieux et, en même temps, ça reste assez éloigné des valeurs annoncées par le constructeur. On pourrait se dire que Thunderbolt 5 n’est pas encore parfaitement optimisé sous Windows, mais la lecture de tests trouvés sur Internet montre que c’est encore un peu moins bien sur Mac. On peut aussi en conclure que LaCie exagère ses chiffres, bien que ce ne soit pas l’usage. Mais peu importe car au global, ce n’est pas mal du tout et le SSD externe le plus rapide qu’on ait eu entre les mains à ce jour.
Et ça fait de ce lecteur un super candidat pour sauvegarder d’énormes rushs de vidéo quand on est perdu dans la montagne ou qu’on voyage sur un salon tel que le Computex. Mais qu’en est-il de ses capacités quand on cherche à en faire plus ? Peut-on carrément bosser et jouer avec, que ce soit comme disque de travail ou même en exécutant des applications et jeux qui y seraient directement installés ? Oui, sans hésitation. Si les chiffres ne sont pas au niveau des meilleurs SSD internes PCIe 4.0 (et encore moins PCIe 5.0), ils sont quand même ultrabons et il est très difficile de distinguer la moindre différence à l’usage. Même dans le cas de charges intensives et soutenues dans le temps. Et si les bons SSD USB3.2 Gen2x2 et USB4 font déjà pas mal illusion, c’est encore mieux en Thunderbolt car l’emploi natif du PCI-Express réduit sensiblement la latence qui est induite par l’encapsulation en USB et améliore les accès aléatoires. S’il n’est pas rare de voir des ajouts de latence de plusieurs dizaines de millisecondes via USB, on ne fait quasiment pas la différence entre un SSD NVMe et un SSD Thunderbolt. Durant nos tests, que ce soit en manipulant de multiples clichés dans Photoshop 2025, en éditant une vidéo 4K 120 FPS ou en jouant, c’est vraiment très bon. Cyberpunk 2077 met 18,5 secondes à charger son benchmark depuis le RAID 5 composé de 3 SSD dans le MSI Titan 18 HX et 18,6 secondes en l’exécutant depuis le LaCie Rugged SSD Pro5, autant dire que c’est identique. À titre de comparaison, depuis le Seagate FireCuda Gaming SSD (USB 3.2 Gen2x2), qui est tout à fait utilisable, on note quand même une légère différence avec 19,5 secondes. Il est même intéressant de constater que le Rugged SSD Pro5 fait mieux que le SSD natif de pas mal de PC portables, car ces derniers se content généralement de SSD d’entrée de gamme !
Consistance des performances

À l’usage, notre SSD grimpe rapidement autour de 50 °C. Pour autant, cette valeur n’évolue plus beaucoup, même en écrivant régulièrement dessus (l’écriture faisant chauffer bien plus un SSD que la lecture). Toutefois, en lançant un test d’écriture intensive de 20 minutes, on monte à seulement 59 °C. Notons que nous n’avons jamais constaté de throttling et que LaCie n’indique pas à quelle température son SSD se met en sécurité. Mais, même sans protection thermique active, n’allez pas imaginer pouvoir écrire à plus de 5 Go/s de façon illimitée. Comme tout SSD moderne, les débits importants auxquels on a droit correspondent en fait à une mise en cache. En effet, les SSD équipés de puces TLC (Triple Layer Cell) ou QLC (Quad Layer Cell) – et même les anciens modèles en MLC – simulent le niveau de performances d’une mémoire SLC (Single Layer Cell) sur une petite portion d’espace. Dans le cas du Rugged SSD Pro5, c’est 50 Go. Ça veut dire que, tant que vous copiez moins de 50 Go d’un coup dessus, vous écrirez à 5,3 Go/s. Mais si vous saturez le cache, par exemple en copiant un gros rush de 200 Go, les 50 premiers Go seront écrits à 5,3 Go/s, et les 150 Go suivants seront plus lents. En l’occurrence la vitesse d’écriture séquentielle se stabilise à 1,8 Go/s d’après nos mesures. Et nous avons pu lire sur le net que la version 2 To du SSD tombe à 1,4 Go/s dans le même scénario. Les débits en lecture ne sont pas affectés et restent stables, peu importe la quantité de données à transférer (même si, en toute logique, le SSD qui recevra ces dernières imposera lui-même une limite en fonction de sa propre capacité de cache SLC).
Fiche technique fantôme

Mais au fait, il y a quoi dans ce SSD pour qu’il aille aussi vite ? On ne connaît pas précisément les composants usités, LaCie ne communiquant pas sur ce sujet (même en insistant un peu). Et, bien qu’on se soit livré à quelques exercices de torture, nous n’avons pas eu le cœur de détruire le boîtier (ou au moins son enveloppe de protection) pour le découvrir. Car après tout à quoi bon ? S’il est intéressant de connaître le contrôleur ou les puces de mémoire flash d’un SSD, ce qui compte avant tout c’est ce dont il est capable. Et ça, on en a déjà parlé. Ce qu’on sait, c’est qu’il s’agit d’un SSD PCIe 4.0. Comme dans tout SSD externe USB4, me direz-vous. Oui, sauf que là on est bel et bien en natif, et c’est pour ça qu’on obtient 6,7 Go/s là où les SSD USB4 plafonnent vers 3,8 Go/s. C’est grâce au Thunderbolt, qui offre un lien natif PCIe aux périphériques externes et en particulier au Thunderbolt 5, dont la principale innovation est le passage de 4 lignes de PCIe 3.0 à 4 lignes de PCIe 4.0. C’est ce qui explique notamment que la bande passante globale du port passe de 40 à 80 Gb/s, la part du PCIe là-dedans grimpant de 32 à 64 Gb/s (le reste servant, notamment, aux flux DisplayPort).
Thunderbolt, c’est quoi déjà ?

Thunderbolt 5, qui est une connectique propriétaire d’Intel (mais ouverte et sans frais de licence depuis 2019), est sorti fin 2024 et se base sur USB4 v2 (dont on attend toujours des applications) tout en étendant légèrement ses spécifications ; il y a par exemple le mode Bandwidth Boost qui permet de passer de 80 Gb/s bidirectionnels à 120 Gb/s unidirectionnels si besoin. On rappelle que, contrairement à l’USB dont il partage le port USB-C, Thunderbolt offre la possibilité d’un accès direct au bus PCI-Express. Ça permet, comme ici, à des SSD de fonctionner à pleine balle. Mais ça offre aussi d’autres possibilités, comme l’ajout d’un GPU externe (eGPU) sur un PC portable. Même si, dans ce cas, les 4 lignes PCIe sont un peu justes. Thunderbolt offre aussi une compatibilité USB et d’autres fonctions, comme la gestion de l’affichage (Display Port) ou de la charge (Power Delivery). Le Rugged SSD Pro5 obtient ses performances maximales sur un PC Thunderbolt 5, mais ces derniers sont encore peu nombreux. Il est bien heureusement utilisable sur tout PC disposant d’un port USB-C, mais pas ceux en USB-A car ces prises ne fournissent pas suffisamment d’énergie pour l’alimenter. Sur un port Thunderbolt 4, les débits tombent très légèrement sous les 4 Go/s en lecture et 3 Go/s en écriture, sans impact notable sur les accès aléatoires. Sur un port USB4, on arrive aux mêmes débits, mais avec un peu plus de latence. Il tourne aussi sur un PC en USB 3.2 Gen2x2 (environ 2 Go/s en lecture/écriture). Et logiquement, même si c’est dommage, sur tout PC en USB 3.2 Gen2 (1 Go/s) et même en USB 3.2 Gen2 (500 Mo/s) ; en le branchant par exemple sur notre écran Alienware AW2724QD muni d’un port USB-C à 5 Gb/s (USB 3.2 Gen2) relié sur le dock Thunderbolt 4 Corsair TBT200 lui-même relié au port Thunderbolt 5 du MSI Titan 18 HX AI, on lit des fichiers depuis le Rugged SSD Pro5 à 476 Mo/s. Ça en fait des chiffres à digérer ! Pour plus de détails, on vous invite à lire ou relire notre article spécial USB-C paru dans Uber Hardware #1.
Windows 11 23H2 minimum
Ce SSD ne s’adresse qu’aux utilisateurs de Windows 11. Et même qu’aux utilisateurs de Windows 11 à partir de la version 23H3 qui gère correctement Thunderbolt 5. Sur les OS plus anciens, le SSD est reconnu, mais ses performances seront alors bridées, par exemple à 20 Gb/s (environ 2 Go/s réels). Nous avons réalisé nos tests sous Windows 11 24H2 et Windows 11 25H2. Bien que LaCie n’évoque pas Linux, il devrait être compatible avec les versions récentes puisque Thunderbolt 5 repose sur USB4 2.0 qui est intégré au kernel depuis la version 5.6 (2020), mais nous n’avons pas pris le temps de vérifier. Au sujet du Mac, LaCie indique qu’il faut un ordinateur qui exécute au minimum macOS 15 (Sequoia, 2024).
Une garantie à la hauteur de l’importance de vos données

Le Rugged SSD Pro5 n’est pas haut de gamme que par sa robustesse ou sa vélocité. Il propose aussi une garantie nettement supérieure à la moyenne. Elle dure 5 ans, là où la plupart des SSD sont normalement garantis 2 ou 3 ans. Et elle inclut l’accès au service Rescue Data Recovery Service de Seagate, c’est-à-dire des professionnels qui feront tout pour récupérer vos données en cas de panne. Y compris avec des méthodes de laboratoire inaccessibles au commun des mortels. Quand on sait que ce genre de prestation est facturée entre 150 et plus de 800 € selon le type d’intervention et l’entreprise choisie, ce n’est pas neutre. Et c’est bien sûr une tranquillité d’esprit, surtout quand on trimballe un SSD dans des conditions parfois extrêmes. Malgré cette garantie qui a de quoi nous satisfaire, LaCie ne donne pas d’informations chiffrées (en TBW par exemple) sur l’endurance de son SSD.
Petite séance de torture entre amis

On est joueurs à la rédac. Ce SSD est conçu pour résister à des usages extrêmes, alors pourquoi ne pas le mettre un peu à l’épreuve ? La plupart des tests qu’on a pu lire de ce modèle se contentent de l’essayer sur un bureau, bien à l’abri. Tour à tour, on s’est amusés à faire tomber le Rugged SSD Pro5 dans une flaque d’eau sur un sentier boueux, dans l’eau de mer en Bretagne, et on a même roulé dessus avec un SUV de 2,1 tonnes ! Et LaCie n’a pas menti, il fonctionne toujours, même s’il porte quelques légers stigmates de nos expériences. Signalons que l’usure la plus visible, celle du sticker, s’est produite par le simple contact de nos doigts en le branchant à de multiples reprises car l’encre ne tient pas bien. C’en est presque drôle.

CONCLUSION
Le SSD Rugged Pro5 de LaCie est clairement impressionnant. Et désirable. On ne lui trouve pas grand défaut, si ce n’est qu’il est un peu lourd quand on part en expédition avec un sac déjà bien chargé et qu’il existe des SSD NVMe encore plus rapides en interne. Et il ne connaît aucune concurrence. Il existe quelques SSD aussi costauds, mais ils sont sensiblement moins rapides. Pour copier des fichiers Word ou lancer de petits logiciels, on s’en fiche, mais pour travailler sur des rushs de centaines de Go, ça compte ! Accessoirement, même si vous n’avez pas besoin d’un SSD aussi solide, il est virtuellement sans concurrence. À l’heure actuelle, seul OWC commercialise aussi un SSD Thunderbolt 5, l’Envoy Ultra, mais celui-ci est plus volumineux et son câble n’est pas amovible, ce qui ne le rend pas adapté au transport ; en revanche il est sans doute mieux refroidi. Cette position d’exclusivité permet à LaCie de se lâcher sur les prix, sachant que la marque n’a pas pour habitude de faire dans la dentelle. Sur le site de Seagate, la version 4 To de notre essai est au prix conseillé de 1499 €. C’est totalement délirant. Le modèle 2 To étant affiché 599 €, c’est un peu moins honteux. Même si ce SSD s’adresse en priorité aux professionnels pour lesquels le temps et la sécurité des données sont critiques, ce n’est pas une raison pour accepter n’importe quoi. Heureusement, dans la pratique, les tarifs sont bien inférieurs. 600 € pour la version 4 To et 390 € pour le 2 To. Ça reste très cher comparé à tous les autres SSD externes, mais c’est le prix de l’excellence. N’oublions quand même pas, au-delà de ses prestations techniques, la garantie étendue avec accès à Rescue Data Recovery Service. Et, pour les pros qui ne sont pas encore abonnés, 1 mois d’accès à Adobe Creative Cloud d’une valeur d’un peu plus de 117,97 € (pour un abonnement mensuel sans engagement). Bref, nous récompensons ce SSD de notre award black, celui qui valorise l’excellence technique sans se soucier du prix.
NOTES
Super rapide
Vraiment costaud
Garantie
Service de récupération de données
Prix délirant


